Enlevez tous les obstacles et lorsque cela est fait intelligemment, la nature fera gentiment le reste.
Andrew T. Stil, Fondateur de l'ostéopathie
FONDEMENTS DE L'osteopathie
Fondée par l’américain Andrew Taylor Still (1828-1917) dans la deuxième moitié du XIXe siècle, en 1874 plus exactement, l’ostéopathie a traversé presque un siècle et demi d’existence en conservant ses principes fondamentaux toujours d’actualité aujourd’hui.
Rechercher la santé
Still disait : « Trouver la santé devrait être l’objectif du docteur. N’importe qui peut trouver la maladie. ».
Albert Einstein avait fait remarquer que le froid n’existe pas. Selon les lois de la physique, ce que nous considérons être le froid, est en réalité l’absence de chaleur. Tout individu ou tout objet possède ou transmet de l’énergie. La chaleur est produite par un corps ou par une matière qui transmet de l’énergie. Le froid n’existe pas. Nous avons créé ce mot pour décrire ce que nous ressentons si nous n’avons aucune chaleur.
Il en va de même pour l’obscurité, elle n’existe pas. L’obscurité est en réalité l’absence de lumière. Nous pouvons étudier la lumière mais pas l’obscurité. Un simple rayon de lumière peut faire irruption dans un monde d’obscurité et l’illuminer. Comment pouvez-vous savoir l’espace qu’occupe l’obscurité ? Vous mesurez la quantité de lumière présente. L’obscurité est un terme utilisé par l’homme pour décrire ce qui arrive quand il n’y a pas de lumière.
Cette réflexion est applicable également à la maladie et la santé. La maladie n’est pas une entité, encore moins un mal venu de l’extérieur, à combattre, la maladie n’existe pas à proprement parlé, c’est un terme pour définir l’absence de santé. Elle correspond à un état d’altération des mécanismes physiologiques et biochimiques sensés maintenir l’organisme dans un état de fonctionnement optimal, c’est à dire en santé, causé par différents facteurs extérieurs ou bien l’absence de facteurs répondant aux besoins du corps. À moins d’une urgence vitale, il ne sert à rien de combattre la maladie, le symptôme, en réprimant les mécanismes physiopathologies, biochimiques dysfonctionnels, qui bien souvent ne sont que des adaptations du corps dans une situation anormale. Il faut chercher à en modifier les causes, c’est à dire chercher à rétablir et cultiver la santé.
- Le fondement même de la vie et du vivant, c’est la santé. Tout corps vivant tend à chaque instant vers l’homéostasie, c’est à dire l’équilibre, la santé.
- L’ostéopathe doit donc chercher la santé, travailler avec ce concept, plutôt qu’avec l’idée de maladie.
L’ostéopathie n’est pas une thérapeutique exclusive, mais une aide essentielle à intégrer au sein d’équipes orientées vers la santé, tournées vers la considération de l’être dans sa totalité.
Les lois de cause à effet
« De tous les aspects du concept ostéopathique, aucun n’est, en pratique, plus important ni plus profond que la reconnaissance des lois de cause à effet : dysfonction ou pathologie ne sont qu’un effet. » Viola Frymann D.O.
Une histoire attentive des traumatismes physiques, chimiques et émotionnels, interprétée à la lumière d’une bonne connaissance de l’anatomie et de la physiologie donne un premier fil d’Ariane pour guider le praticien vers une compréhension des phénomènes que présentent aujourd’hui son patient.
Les causes peuvent se conjuguer, issues de plusieurs origines :
- un passé traumatique ayant induit des blocages mécaniques,
- des gestes et postures inadaptées
- un manque de mouvement
- une accumulation de déchets métaboliques
- des habitudes alimentaires inadaptées,
- l’abus de drogues de tous genres, y compris médicaments et vaccins,
- l’exposition à des toxines environnementales
- le surmenage tant physique qu’intellectuel,
- le stress et la détresse morale, intellectuelle et spirituelle.
Tant que ces sources ne sont pas reconnues et améliorées, les résultats thérapeutiques, quelle que soit le système adopté sont incertains et instables
La démarche de l’ostéopathe consiste donc à :
- rétablir les équilibres mécaniques et physiologiques de son patient,
- l’aider à trouver et éventuellement résoudre ces difficultés d’un autre ordre, en l’orientant vers les aides adaptées.
Le corps a le pouvoir de surmonter la maladie
Aucun praticien n’a jamais guéri un patient.
La seule chose qu’il ait faite, c’est de permettre à l’organisme du patient de trouver les ressources nécessaires pour recréer un équilibre.
Voilà ce qu’écrit Viola Frymann, pionnière de l’ostéopathie : «Moi le praticien, je ne peux guérir la plus simple des blessures, mais je peux nettoyer la plaie et enlever les débris, en rapprocher les bords et empêcher la contamination. Je ne peux guérir la fracture, mais en rétablissant une relation anatomique normale et en la protégeant des mouvements traumatisants, je procure à la fracture les meilleures conditions pour les processus de réparation. Il peut être nécessaire d’enlever une tumeur ou un calcul ou quelque autre entité pathologique, mais une fois cela fait, le chirurgien doit se fier à son invisible allié chez le patient, pour mettre en œuvre les processus de guérison».
Le rôle de l’ostéopathe se borne donc, grâce à un raisonnement reposant sur la connaissance anatomique et physiologique :
- à trouver les éléments entravant les processus normaux d’amélioration,
- à les réajuster,
- à laisser la sagesse du corps faire l’essentiel : rétablir son homéostasie c’est à dire son équilibre et sa santé.
Chaque jour, nous imposons à notre corps d’innombrables stress, émanant d’origines très diverses: mécanique, sensorielle, psychique, alimentaire etc. Dans la plupart des cas, tout cela est corrigé par le corps avec le temps, dans les bonnes conditions de mouvement, d’apport nutritif adapté, et repos suffisant, pendant le sommeil et nous reprenons le lendemain nos activités avec une énergie et un allant retrouvés. Certains déséquilibres peuvent cependant nécessiter une aide. Plusieurs approches existent :
- Un praticien pourra prescrire un antalgique ou autre médicament anti-symptomatique, ou une thérapie de relâchement physique ou un simple repos, laissant l’invisible allié résoudre le problème. Souvent, les symptômes s’apaiseront.
- Un autre pourra reconnaître cet épisode aigu comme un effet d’une tension persistante depuis longtemps et dont l’origine est oubliée. En étudiant le corps dans sa totale unité et en considérant la dynamique biologique interne qui peut renverser tous les troubles physiologiques, il cherchera à aider l’organisme dans ses efforts pour recréer son harmonie propre.
Le corps produit les substances nécessaires
« Le corps constitue l’atelier dans lequel les substances physiques sont fabriquées » A. T. Still.
Notre corps sait créer toutes les substances dont il a besoin. Il sait dégrader les éléments que lui apportent la digestion et la respiration pour fabriquer ceux nécessaires à son fonctionnement.
Bien que cela ait été bien longtemps peu reconnu voire nié par le courant médical classique, il est logique de penser que santé ou maladie dépendent en grande partie de la qualité et de la quantité des apports alimentaires et respiratoires qui conditionnent, par l’apport des éléments nécessaires à la vie cellulaire, le bon fonctionnement de tout les tissus, organes, du corps humain. Aucune molécule exogène n’étant pas un nutriment pour notre corps n’est fondamentalement nécessaire à son fonctionnement, elle est au contraire activement détoxiquée et éliminée par le corps au pris d’une utilisation d’énergie et de ressources pour l’organisme. L’accumulation d’une intoxication dépassant les capacités d’élimination de l’organisme et de carences nutritionnelles chroniques au niveau cellulaire (influencées en partie par les facteurs traumatiques et psychologiques) vont entraîner l’apparition de troubles fonctionnels pour ensuite atteindre l’état dit de maladie.
Cette partie du concept ostéopathique dépend d’éléments écologiques inconnus il y a cent ans et même seulement cinquante.
L’altération de la qualité des aliments se fait de multiples manières : par l’utilisation massive d’engrais minéraux déséquilibrés, par l’utilisation de pesticides et de divers produits de traitements, par l’addition de colorants, de condiments ou de conservateurs, par le raffinage qui ôte des éléments essentiels, la dénaturation alimentaire et apparition de composés néoformés via divers moyens de cuisson agressifs, de perturbateurs endocriniens, métaux lourds, traitements médicamenteux, nanoparticules et autres polluants industriels, etc, que l’on retrouve également dans l’eau que nous buvons et l’air que nous respirons. Tout ces éléments perturbent par différents mécanismes notre biochimie et physiologie.
Il devient difficile, parfois même impossible, d’apporter au corps les éléments bruts à partir desquels il pourra élaborer les substances nécessaires à son fonctionnement équilibré.
- Still étant fermier, il aurait sans doute mené campagne pour réformer ces domaines de la production et de la préparation des aliments.
- Lorsque l’habitude de nourrir le corps avec des aliments naturels et non dégradés est établie ou rétablie, l’affirmation de Still est vraie.
- A ce moment, le rétablissement du corps dans son équilibre anatomique et physiologique à l’aide d’un traitement ostéopathique bien conduit, suffisent généralement à lui permettre de recouvrer la santé.
Importance de la circulation des fluides corporels
« Le devoir du praticien n’est pas de guérir le malade mais d’ajuster une partie ou l’ensemble du système afin que les fleuves de la vie puissent s’écouler et irriguer les champs desséchés » A. T. Still
Pour que les processus physiologiques de maintien des conditions de santé ou de guérison du corps soient efficaces il faut que nos cellules reçoivent tous les éléments dont elles ont besoin pour remplir parfaitement leurs fonctions. Cela a fait dire à Andrew Taylor Still que « la règle de l’artère est suprême ». Les cellules doivent pouvoir se régénérer et se débarrasser de leurs déchets. Pour cela il faut que le sang, la lymphe, en un mot tous les liquides du corps, circulent librement. C’est le mouvement qui facilite l’acheminement des liquides dans les tissus, favorisant par la même le renouvellement du milieu dans lequel baignent nos cellules. Un autre système de régulation important est représenté par le système nerveux, qui est en relation étroite avec la colonne vertébrale, le crâne et le bassin. La résultante de ces trois principes permet de favoriser l’équilibre du milieu intérieur ou homéostasie, ce qu’Andrew Taylor Still dénommait, dans un langage du XIX° siècle: l’auto guérison du corps.
De multiples anomalies peuvent altérer le fonctionnement de ce délicat système, entraînant de sérieuses répercussions au sein du corps. L’ostéopathe doit donc posséder une bonne connaissance anatomique tant du système vasculaire que du système nerveux.
Le corps, une unité fonctionnelle
Le corps humain est constitué de parties fonctionnant en étroite interdépendance. Toutes les parties du corps étant reliées entre elles par l’intermédiaire des tissus organiques qui le composent, le corps constitue une unité fonctionnelle indissociable, ainsi qu’une identité, une spécificité propre à chacun. Dès qu’une structure du corps présente une perturbation dans son fonctionnement, cela retentit sur le fonctionnement de structures situées à distance par le biais de ces corrélations tissulaires.
Il existe notamment au sein du corps un tissu omniprésent – le tissu conjonctif, ou fascia -, assurant à la fois :
- la structuration de l’organisme,
- la conduction des flux liquidiens,
- le support pour les vaisseaux, les nerfs et autres fibres conductrices.
Still émit l’hypothèse que ce tissu de soutien, en altérant la circulation des fluides (sang, lymphe, liquides non collectés, influx nerveux, etc.), pouvait être à l’origine de beaucoup de pathologies de l’être humain.
Ce tissu est disséminé dans le corps comme une toile d’araignée.
- Il détient la clé des lignes de communication de l’organisme.
- Il en fait une unité fonctionnelle.
La relation structure/fonction
« La maladie est le résultat d’anomalies anatomiques auxquelles succède le désordre physiologique » A.T. Still.
Cette idée pourtant simple, semble avoir été oubliée dans les concepts thérapeutiques modernes.
- Ne semble-t-il pas évident qu’un nerf gêné dans son parcours par une compression ou une hypovascularisation sa fonction de transmission s’en trouvera altérée ?
- Ne semble-t-il pas évident qu’un vaisseau sanguin ou lymphatique comprimé ne peut assurer sa fonction correctement ?
- L’ostéopathe cherche donc, au sein des structures du corps, celles qui ne présentent pas un degré de mobilité suffisant, dans le but de les libérer pour permettre à la ou les fonctions qui en dépendent d’être assurées normalement.
« Le terme fonction ne s’applique pas seulement aux activités végétatives de l’organisme, telles que la circulation, la respiration, la digestion, etc. Il inclut également des activités telles que la pensée, la sensation, l’expression créatrice, la méditation et même l’aspiration spirituelle » Viola Frymann
Définition de la dysfonction ostéopathique
La dysfonction ostéopathique est une réaction mécanique et physiologique d’une structure du corps en réponse à une contrainte ou une agression. Cela peut être un traumatisme, des efforts répétés, un trouble de la posture, une maladie, un stress psycho émotionnel ou des facteurs environnementaux (mauvaise alimentation, mauvaise hygiène de vie, pollution…)… Elle s’accompagne d’une restriction de la mobilité de la structure concernée. Par le lien des corrélations tissulaires, cette restriction de mobilité retentira à distance sur une ou plusieurs structures.
Le phénomène d'adaptation/compensation
En réaction à ce facteur contraignant, le corps organise une réponse qui lui permet de s’adapter à ce nouvel événement. Il essaie de la compenser grâce à diverses stratégies : rééquilibration de sa structure (réaction mécanique en modifiant la tension des muscles, ligaments, fascias ou la mobilité des articulations) et / ou modification de ses fonctions (réaction physiologique au niveau des organes). C’est un phénomène normal qui dans un premier temps est réversible, si le phénomène contraignant cesse ou s’il n’a pas été trop violent. Le corps possédant ses propres mécanismes de régulation, la dysfonction peut se résorber naturellement, sans l’intervention extérieure de l’ostéopathe. La structure incriminée retrouve alors sa pleine fonction et sa totale mobilité. Les adaptations du corps débutent essentiellement en recrutant les muscles car c’est un schéma d’adaptation très rapide et facilement ajustable. C’est pour cela que vous pouvez être pris d’une grande douleur musculaire très rapidement, sans forcément relier celle-ci à un phénomène particulier. Mais le muscle est un grand consommateur d’énergie. L’organisme cherchera alors à trouver une autre solution qui lui permettra de moins puiser dans ses ressources. Votre corps va en quelques sortes, répartir le travail sur plusieurs régions. Vous vous direz que « la douleur s’est déplacée ». C’est en fait le même phénomène qui évolue mais la cause est identique. Lorsque ces mécanismes sont insuffisants, qu’ils n’arrivent pas à réguler cette dysfonction, le corps décompense peu à peu, créant un trouble fonctionnel persistant.